Skip to content

Style et substance : l'héritage du style de Pat Riley sur le terrain

Par: Calum MarshDate: 2022-05-01
Winning Time: The Rise of the Lakers Dynasty, la série flamboyante, crue et outrancière créée par Jim Hecht et Max Borenstein inspirée du best-seller de Jeff Pearlman Showtime: Magic, Kareem, Riley, and the Los Angeles Lakers Dynasty of the 1980s, relate l’histoire fascinante de l’ascension de la longue et tumultueuse franchise sous la gouverne du nouveau propriétaire Jerry Buss (le magnifique John C. Reilly) et le meneur recrue Earvin « Magic » Johnson (Quincy Isaiah, qui affiche exactement le même sourire que Magic). Dévoilement de l'intrigue à venir, mais la première saison se concentre principalement sur la saison 1979-1980 de la NBA, avec tous ses défis et ses triomphes : l’achat des Lakers par Buss, le repêchage de Johnson, la démission de l'entraîneur Jerry West, et, éventuellement, l'arrivée au cœur de l'équipe de Pat Riley (Adrien Brody), qui les mènera à quatre championnats du monde au cours des dix années suivantes. 

Lorsqu’on rencontre pour la première fois Riley dans la série, c’est un homme de 34 ans qui s’avoue blasé et désabusé, cherchant désespérément un endroit où appliquer son énergie créatrice. Il trouve un poste plus au moins compatible en tant que commentateur coloré et assistant à l’annonceur Chick Hearn (Spencer Garrett) – un rôle qu’il avait d’ailleurs déjà tenu dans le passé, durant la saison 1979-1980 – en exerçant une double fonction de « secrétaire des déplacements » de l'équipe, responsable « d’organiser les vols et de remettre les cartes d’embarquement aux joueurs à la porte d’embarquement », tel qu’il le remémore dans son livre The Winner Within. Le grand intérêt de Riley pour les notions fondamentales du jeu, ainsi que son désir d'approfondir son expertise en tant que commentateur, le mena à éclipser l'entraîneur Paul Westhead après qu’il ait pris la place de Jack McKinney; lorsque Westhead fut démis de ses fonctions en 1981, Riley hérita de son poste – c'était, selon Riley, « un accident de l’histoire ». 

« Lorsqu’il fit son entrée sur le terrain en tant qu'entraîneur, il devint une toute autre personne : superbement soigné, impeccablement vêtu, dégageant la confiance professionnelle d’un banquier d’investissement de Wall Street ou d’un PDG milliardaire. »    

Accidentel ou non, c’etait un lien naturel. Le leadership de Riley – « confiant, ferme et juste » - était précisément ce que les Lakers auparavant sans direction avaient besoin à la suite du départ de Westhead, et à partir du moment où il a endossé le rôle, son contrôle sur Johnson, Kareem Abdul-Jabbar, et sur le reste de l'équipe n'était rien de moins qu’autoritaire. Il les avait côtoyé assez longtemps pour identifier les problèmes. Et selon lui, il avait les solutions évidentes. « Il était temps de mettre de côté les ressentiments et les ambitions cachées », écrit-il dans The Winner Within. « Ils avaient une voie claire et juste à poursuivre. Laisser tomber leur égoïsme. Mettre tous leurs efforts derrière l'équipe. Créer le succès. Et le chaos disparaîtrait ». Ces principes ont guidé l'équipe vers le plus grand nombre de victoires dans l’histoire de la franchise et les premiers titres consécutifs en près de 20 ans.

Mais encore plus exigeant que le leadership de Riley était son sens de style personnel. Lorsqu’il fit son entrée sur le terrain en tant qu'entraîneur, il devint une toute autre personne : superbement soigné, impeccablement vêtu, dégageant la confiance professionnelle d’un banquier d’investissement de Wall Street ou d’un PDG milliardaire. Il devint, autant ou sinon plus que les joueurs de l'équipe, une sorte de célébrité de la NBA, reconnu pour ses tenues et la prestance avec laquelle il les portait. Il commandait des chemises habillées conçues sur mesure par Savile Row. Il revêtait des complets de milliers de dollars de Giorgio Armani, le designer le plus convoité de l'époque après qu’ils furent portés par Richard Gere dans le film à succès de l'année American Gigolo. L'équipe lui attribua un surnom : GQ. « Dieu qu’il avait du style », se rappelle Joan McLaughlin, la directrice des ressources humaines de l’organisation, dans Showtime: Magic, Kareem, Riley, and the Los Angeles Lakers Dynasty of the 1980s, « Il était toujours celui que les filles regardaient ». 

C'était le propriétaire Jerry Buss, plus que Pat Riley, qui a cultivé l'idée de ce qui est devenu les « Showtime Lakers ». C'était sa vision originale : le basketball amusant, le basketball glamour, le basketball sexy. Sous Buss, The Forum devint l’endroit le plus à la mode de toute la ville de Los Angeles, un lieu constellé de stars, de romance et célébrité qui, selon la description dans Winning Time, se situait à l’intersection de Disneyland, du Playboy Mansion, et des Academy Awards (avec un peu du Hollywood Bowl, pour faire bonne mesure). Les Lakers ont joué vite. Les célébrités d’Hollywood avaient une place réservée dans la première rangée, autant pour se faire voir que pour voir la partie. Paula Abdul menait les Lakers Girls dans des tenues scandaleuses, l'alcool coulait à flot, les performances de la mi-temps jouaient sur des systèmes de son à la fine pointe de la technologie. Bref, c’était un nouveau style de basketball. 

Compte-tenu de ces avancées, Riley, l'étalon en complet Armani, ne pouvait être un meilleur choix pour un entraîneur. La vieille conception d’un entraîneur-chef de basketball – bedonnant, stressé, avec un front dégarni et la veine qui palpite sur la tempe – n’aurait tout simplement pas reflété la vision qu’avait Jerry Buss des Showtime Lakers, qui nécessitaient, autant qu’un leader compétent, un entraîneur qui pourrait aussi être le visage de l’organisation aux côtés de ses stars. Pat Riley, avec ses complets et ses cheveux lissés en arrière, était essentiel au spectacle des Showtime Lakers. Comme l’ensemble de l'organisation, Riley avait un grand talent pour le basketball – la sorte de talent qui pourrait gagner des championnats à un rythme record. (En effet, la sorte de talent qui transforme les équipes en dynasties). Cela n'enlève rien au niveau de compétence, d’affirmer que lui et les Lakers avaient quelque chose de plus : un look, un style, une atmosphère. Ils cultivaient soigneusement leur image.

Riley lui-même était parfaitement conscient de l’implication de son image et de l’influence qu’elle avait sur l'équipe. Et même s’il n'était pas à l'affût d’attention médiatique – il était, par-dessus tout, concentré sur la victoire – il était réaliste sur ce que ça signifiait pour la perception du public autour de lui. « L’image est simplement arrivée », a-t-il dit dans une entrevue avec le magazine Orange Coast vers la fin de son mandat avec les Lakers. « Je crois que Showtime a été mis là dans une grande boite, c'était commercialisé, c'était Hollywood, c'était flamboyant, c'était glamour, et c'était Jack Nicholson. Et ils avaient cet entraîneur avec ses cheveux lissés en arrière et ses beaux complets, qui convenait tout à fait dans cette boite, il y avait Magic et Coop [entraîneur adjoint Michael Cooper] et tous ces surnoms des joueurs vedettes. Et ils m’ont en quelque sorte inséré dedans ». 

Bien sûr, si la notoriété de Riley avait été uniquement fondée sur son image, ce serait une célébrité superficielle : Riley, dans ce même article de magazine, considéra l'idée qu’il n'était rien de plus qu’un « matinee idol » à cette époque comme étant « ridicule ». Riley a perduré parce qu’il était l’un des meilleurs entraîneurs de l’histoire de la ligue; ses records, non seulement avec les Lakers mais plus tard avec les New York Knicks et les Miami Heat, l’ont immortalisé à jamais au panthéon du sport. L’image de Riley, parallèlement à ses accomplissements, prouvent ultimement ce en quoi Jerry Buss croyait depuis le début : qu’il est possible d'être extrêmement compétent et spectaculaire, d'être exceptionnel et d’avoir fière allure. C’est le véritable héritage du style impeccable de Riley sur le terrain. Il a rendu possible de croire en un monde dans lequel le style n’est pas une distraction de l’excellence – mais plutôt, une façon de plus d'y parvenir. 

Calum Marsh est un écrivain basé à Toronto. Ses articles ont paru dans GQ, Complex et le New York Times.